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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 11:17

Depuis plusieurs années, maintenant, je participe à une action de réinsertion adaptée à des publics très fragilisés. Je m'appyuie sur une méthode appelée Programme d'Enrichissement instrumental (PEI) qui permet de redonner confiance et dynamisme àde façon très efficace et spectaculaire.

Le PEI a été élaboré par Reuven Feuerstein. Né en Roumanie en 1921, il y fait ses premières études, pour devenir enseignant. Dès cette époque, il s'occupe d'enfants déficients. En raison de ses origines juives,  il doit fuir la Roumanie en 1944 lors de l'invasion allemande et il gagne la Palestine, où il poursuit des études. Instituteur, puis professeur dans diverses universités, en Israël et à l'étranger,  il devient l'élève de Piaget à Genève, et soutient, en juin 1970 à la Sorbonne, un doctorat en psychologie.

Il travaille, dans les années 40, avec des enfants de 13 à 14 ans, ayant émigré du Maroc vers Israël. Il se rend compte, à la faveur de tests, que ces enfants, qui rencontrent de réelles difficultés scolaires sont néanmoins d'une intelligence tout à fait normale, voire brillante. 

 La pratique des tests et des entretiens, son travail sur des populations très diversifiées d'enfants (origines sociales, profiles), l'amènent à penser que les niveaux de performance ne sont pas à confondre avec la capacité réelle des sujets, puis, allant plus loin, il estime que l'éducabilité d'un individu est elle-même éducable. On peut améliorer le potentiel intellectuel, avant de l'exercer sur un domaine déterminé, d'où sortiront les performances dans ce domaine. Le Programme d'Enrichissement Instrumental (PEI) qu'il élabore est un outil de médiation éducative et d'éducabilité cognitive  qui "s'appuie sur deux théories interdépendantes : celle de la modifiabilité cognitive quels que soient l'âge et les déficiences de la personne, et celle de la médiation, qui facilite le dialogue entre l'apprenant et l'environnement"[i]. Selon lui, toute personne, sans considération du critère de l'âge ou celui des aptitudes cognitives, peut retrouver et améliorer ses capacités d'apprentissage. Ainsi, en le mettant en place dans les kibboutz israéliens, il lui paraît possible de remotiver une population fortement marquée par la captivité en camp de concentration et améliorer leur efficience intellectuelle.

 Avant de présenter la forme matérielle de l'outil, il me parait important de situer le contexte dans lequel Feuerstein a travaillé en évoquant les doctrines sur lesquelles il a pu fondér son analyse..

A l'époque où Feuerstein élabore sa méthode, une nouvelle conception de l'apprentissage se développe. PIAGET, auprès de qui il a préparé sa thèse de psychologie, puis VYGOTSKY et BRUNER. Avec eux, on passe peu à peu de la conception d'un savoir détenu et transmis par le maître, à celle d'un sujet apprenant qui construit par lui-même son savoir. De même, on passe d'une conception d'un apprentissage centré sur le contenu, à celle d'un apprentissage centré sur l'élève. Le contenu ne peut pas être ignoré, il ne peut en aucun cas être perdu de vue, mais l'enseignant doit désormais s'intéresser au processus intellectuel développé par l'élève, aux stratégies et aux méthodes qu'il emploie, aux obstacles qu'il rencontre.

 

 Jean Piaget (1896-1980), psychologue, s'est intéressé à comprendre la formation des mécanismes mentaux chez l'enfant pour ensuite mieux saisir leur nature et leur fonctionnement chez l'adulte. L'observation de ses propres enfants puis celle de nombreux autres va lui permettre de montrer que l'enfant construit son savoir en établissant que son développement passe par différents stades définis en fonction de la capacité de l'enfant à résoudre des conflits cognitifs. Ces différents stades, dont les trois premiers sont ceux du nourrisson sont les suivants [ii] : 

1.      Le stade des réflexes

2.      Le stade des premières habitudes motrices et des premières perceptions organisées ainsi que des premiers sentiments différenciés

3.      Le stade de l'intelligence sensori-motrice ou pratique  des régulations affectives élémentaires et des premières fixations extérieures de l'affectivité

4.      Le stade de l'intelligence intuitive

5.      Le stade des opérations intellectuelles concrètes

6.      Le stade des opérations intellectuelles abstraites, de la formation de la personnalité et de l'insertion affective et intellectuelle dans la société des adultes

 

 

Piaget établit que cette succession d'étapes permet le développement des fonctions cognitives. "Un tel développement consiste avant tout en un processus d'équilibration"[iii]

 

L'œuvre de Piaget "bouscule" de nombreux psychologues dans leur façon d'envisager l'apprentissage.

 

 Alors que Piaget est persuadé que le conflit cognitif de l'enfant est "inter-sujet", c'est à dire que l'enfant va résoudre seul le problème qu'il rencontre, Vygotsky psychologue russe, écrit : "la thèse selon laquelle l'enfant acquiert dans le processus d'apprentissage scolaire les concepts tout prêts et les assimile comme on assimile n'importe quelle habileté intellectuelle est totalement dénuée de fondement"[iv]. Pour Vygotsky, le développement cognitif de l'enfant est favorisé par la médiation de l'adulte et du langage.

Le médiateur est d'abord l'adulte. L'interaction du sujet avec un environnement social va aider la construction de ses fonctions supérieures. En effet, le bébé a besoin d'être pris en charge et l'enfant accompagné avant de devenir autonome. C'est lors de cette longue prise en charge que l'enfant intériorise les outils psychologiques que son entourage a mis à sa disposition pour l'accompagner. Vygotsky fait également valoir que, pour être efficace,  l’intervention de l’adulte, doit se situer dans ce qu'il appelle la zone proximale de développement qu'il définit ainsi : "cette disparité entre l'âge mental, ou niveau présent de développement, qui est déterminé à l'aide des problèmes résolus de manière autonome, et le niveau qu'atteint l'enfant lorsqu'il résout des problèmes non plus tout seul mais en collaboration"[v]:

 Le médiateur est également le langage, en particulier celui qu'il appelle le langage égocentrique ou langage intérieur de l’enfant. Le rôle de cette forme de langage intérieur "est d'aider l'enfant à s'orienter mentalement, à prendre conscience, à surmonter les difficultés et les obstacles, à réfléchir et à penser" [vi] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Nous devons donc à Vygotsky ce concept de la médiation qui fait partie intégrante du PROGRAMME D'ENRICHISSEMENT INSTRUMENTAL.

 

 

 

 

 

 

 
 
§         Jérôme Bruner

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 A la suite de Vygotsky, Jérôme Bruner, depuis près de 65 ans, consacre ses travaux à la compréhension de la construction mentale de l’enfant. Il fut l'un des premiers à s'intéresser à Vygotsky et, dans les années 50, le chef de file de la "révolution" cognitive. A Harvard, il a d'ailleurs fondé le Centre d’Etudes Cognitives. Selon lui un facteur primordial du développement de la pensée enfantine est que l'expérience de l'enfant n'est jamais purement sensori-motrice. Elle est mise en forme, d'emblée, par le langage de l'adulte. BRUNER parle de « scaffolding » littéralement échafaudage, qui a été traduit par « étayage ». L'intervention d'un tuteur pour lui "comprend une sorte de processus d'étayage qui rend l'enfant ou le novice capable de résoudre un problème, de mener à bien une tâche ou d'atteindre un but qui auraient été, sans assistance, au delà de ses possibilités"[vii]. L’étayage par le dialogue est une des notions centrales du travail de BRUNER. Il me semble important de noter que cette notion interactionnelle s'applique autant aux dimensions affectives des relations qu'à leurs effets strictement cognitifs. Pour assurer cet étayage, l'adulte va entre autres "protéger l'enfant contre les distractions… en fournissant des moyens pour la représentation et l'exécution des relations entre moyens et buts lorsque l'enfant ne peut pas encore comprendre le but qu'il faut atteindre ou les moyens efficaces pour y parvenir, … en limitant la difficulté de la tâche à un niveau accessible"[viii]

 

 

 

 

 

 

Pour Bruner, la Zone Proximale de Développement est importante. Toutefois il met davantage l’accent sur le rôle actif du médiateur, à qui il incombe en quelque sorte de « jauger » les dimensions critiques de la zone de décalage mentionnée plus haut, afin d’ajuster au mieux l’étayage. Nous reviendrons sur ces différents aspects dans l'analyse de ma pratique.

 Lev Vygotsky et Jérôme Bruner sont donc considérés comme les précurseurs de la psychologie cognitive, impliquant la médiation de l'adulte et du langage. C'est dans ce contexte que Feuerstein a créé le PROGRAMME D'ENRICHISSEMENT INSTRUMENTAL.

 

 

 

 

 

 

 



[i]                                    P27               Médiation éducative et            Chronique Sociale (1996)

                                                         éducabilité cognitive

[ii]     Jean Piaget           P 14 et 15     Six études de psychologie        Folio essais (2002)

[iii]    Jean Piaget           P 143            Six études de psychologie        Folio essais (2002)

[iv]     Lev Vygotsky        P. 447           Pensée et langage                    La dispute (2002)

[v]     Lev Vygotsky        P. 351           Pensée et langage                    La dispute (2002)

[vi]     Lev Vygotsky        P. 447           Pensée et langage                    La dispute (2002)

[vii]    Jérôme Bruner      P 263            Savoir faire, savoir dire           PUF (2002)

[viii]   Jérôme Bruner      P 286-287    Savoir faire, savoir dire           PUF (2002)

 

 

 

 

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